|
Solitude cloîtrée
Creusez-moi
un trou pour que je retrouve la paix.
Laissez-moi
sur une île abandonnée dans un corps imparfait.
Fermez
la porte de ma chambre d’un geste discret.
Quittez
ma demeure sans hausser la voix, s’il vous plaît.
Laissez-moi
parcourir cette clairière éloignée du chemin.
Ne
criez pas mon prénom inutilement en des sons stridents.
Éloignez-vous
de ma nudité par crainte de rires enfantins.
Ne
me téléphonez pas pour des bavardages insignifiants.
Laissez
pleurer le ciel dans son faste à l’habit grisâtre.
Éloignez
les lumières et partez sans dire aucun mot.
Donnez-moi
la chance de vivre mes larmes opiniâtres.
Ne
me racontez pas des balivernes car je suis sans écho.
Plume,
chatouille mes doigts vers un bel idéal.
Silence,
reste avec moi dans une paix si salutaire.
Nourriture,
offre-moi un repas magistral.
Sommeil,
que mes yeux ferment l’écran de la vie, cette galère.
Transportez
ces meubles de cette pièce insalubre.
Aucun
objet, quatre murs, un plancher, fenêtres saccagées.
Brisez
tout dialogue, ces phrases fausses et lugubres.
Balayez
l’effroi de mon cœur en un jardin parfumé.
Ne
me sollicitez pas un bonjour dans un sourire sincère.
Dispersez-vous
car la risée est un mal trop humain.
Ne
m’applaudissez pas! Suis-je si vulgaire?
Le
soir, ne me suivez pas dans les faubourgs malsains.
Ne
m’écrivez pas ! Ma plume
deviendra un schisme.
Surtout
ne me téléphonez pas! Je
crains les voix.
Respectez
ma vie monastique… quel beau laxisme!
Dispersez-vous
compagnons infâmes, j’en ai le droit!
Ne
partagez pas mon lit dans la souillure de votre peau.
Étouffez
vos paroles sarcastiques et inutiles.
Éloignez-vous
à tout jamais de mes os.
Offrez-moi
le désert, l’hallucination d’une belle île.
Enfin
la paix ! Rien n’agace mon esprit tourmenté.
Je
marche seul dans cette cité asphaltée et impersonnelle.
Je
ris à ne plus m’arrêter à mon grand étonnement déraisonné.
Vite!
Rentrons chez soi… le monde va envahir mon appel.
André Labrosse

Copyright © 2002 André
"Épervier" Labrosse
Site réalisé le 1 septembre 2002 |