Le jouet

Dans un placard, un ourson en peluche tout jauni.

Je le saisis tout ravi que j’en prenne possession.

D’un œil plus gros que l’autre, il semblait être un génie;

Les bras ouverts, heureux de sortir de ces années d’omission.

 

Ma faible jeunesse dans un rêve presque imaginaire.

Ma tête voltigeait ailleurs dans un mépris de la réalité.

J’inventais des mondes irréels aux mille éclairs

Dont j’étais la vedette suprême, incontestée.

 

L'adulte veut se souvenir mais hélas! des crevasses

M’empêchent d’ouvrir le grand-livre de la vie.

Je pose des questions mais on me répond par des paperasses.

Tête baissée, l’étranger titube péniblement sans appui.

 

Pareil à un ourson défiguré, le chemin est nulle part.

Pour consolation, des mots à la recherche d’une vérité

Qui ne viendra jamais. Tout se résume au pénible retard

Des années perdues dans la nonchalance d’un cœur blessé.

 

Pénibles souvenirs qui ne donnent que du malheur.

Tête maladive qui m’harcèle dans des secousses atroces.

A l’aube d’une décision, je suis perdu me dissimulant dans les fleurs

Pour que l’arôme apaise mes haines sous une épaisse écorce.

 

Ourson de mon enfance, une certaine mutilation navrante...

Je ressemble à ton personnage :  inanimé se cachant dans le noir.

Fatigue inlassable, pourquoi toujours pleurer d’une voix délirante?

Allez  mon cher ourson, je t’accompagne à l’abri de ces faux miroirs.

André "Épervier" Labrosse

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